Ce que change un retard pour le voyageur qui jeûne
Le passager qui jeûne organise son vol autour de deux moments : le repas d'avant l'aube et celui du coucher du soleil. Quelques heures de retard suffisent à déplacer l'un ou l'autre. Un départ censé offrir l'iftar à bord peut laisser dans le terminal au moment du coucher du soleil, et un vol matinal qui avait avancé le suhoor à la table familiale peut commencer dans une salle d'embarquement où rien n'est ouvert.
La réponse pratique consiste à considérer chaque voyage du Ramadan comme un trajet où un repas risque de tomber au mauvais endroit. Il faut donc emporter une petite réserve, savoir retrouver l'heure exacte du lieu où l'on se trouve vraiment, et savoir à qui s'adresser lorsque la compagnie a promis un repas qui ne correspond plus au vol.
Cette page traite des retards, des annulations et des réacheminements. Le choix des horaires à l'avance, le sommeil sur les vols de nuit et les règles de rupture du jeûne en altitude ont chacun leur propre guide ; seuls les points utiles en cas de perturbation sont donc rappelés ici.
Calculer l'heure à partir du lieu où l'on se trouve réellement
L'emploi du temps préparé à la maison supposait un départ précis et un itinéraire précis. Dès que le vol est en retard, il n'est plus à jour.
Tant que l'avion est au sol
Si le coucher du soleil surprend encore dans l'aéroport de départ, l'estimation faite pour le vol ne correspond plus à la situation. Le coucher qui compte est celui de l'aéroport où se trouve le passager, et l'horaire de prière local de cette ville sert en général de référence. Mieux vaut le consulter sur son téléphone avant de s'en remettre à une annonce.
Après le décollage
Une fois l'appareil en l'air, les horaires établis au sol n'ont plus d'utilité. Certaines compagnies expliquent leur méthode de calcul. Emirates, par exemple, a indiqué que son équipage se sert d'un outil fondé sur la position et l'altitude de l'avion, et que le commandant annonce l'iftar au coucher du soleil. D'autres transporteurs procèdent autrement, et certains ne font aucune annonce. Il est conseillé de demander au personnel de cabine, dès le début du vol, quelle est la pratique, et de regarder la carte animée lorsqu'elle est disponible.
Quand les écoles divergent
Les savants et les institutions donnent des avis différents sur l'heure à retenir en altitude et sur la durée à partir de laquelle un retard modifie les règles de la journée. Pour tout ce qui dépasse la logistique, mieux vaut interroger le savant ou l'institution que l'on suit habituellement. Un guide de ce site explique à quel moment rompre le jeûne pendant un vol.
Emporter un petit repas facile d'accès
La meilleure protection contre un retard reste la nourriture glissée dans son propre sac. Elle se range dans le bagage cabine, ou dans une pochette placée sur le dessus, et jamais en soute, puisque les bagages enregistrés restent aux mains de la compagnie jusqu'à l'arrivée.
- Dattes et fruits secs. Légers, qui se conservent bien et se mangent vite au moment de l'iftar.
- Fruits à coque et biscuits nature. La liste des ingrédients mérite un coup d'œil : gélatine, arômes à base d'alcool et émulsifiants mal identifiés sont à éviter pour qui s'en abstient.
- Une bouteille d'eau fermée. À acheter après le contrôle de sécurité, ou à remplir à une fontaine si l'aéroport l'autorise avec une bouteille vide.
- Un sandwich ou une boîte de riz. Seulement si la fraîcheur peut être maintenue et si le repas sera pris rapidement.
Un aliment permis mais sans étiquette reste un risque. Il vaut mieux choisir des produits dont les ingrédients sont lisibles, et garder l'emballage pour pouvoir vérifier plus tard.
Garder les aliments périssables sûrs pendant une longue attente
Un repas de secours avarié est pire que pas de repas du tout. Le portail américain de sécurité alimentaire FoodSafety.gov énonce une règle simple : un aliment périssable ne doit pas rester plus de deux heures hors du froid, et cette durée tombe à une heure lorsque la température dépasse 32 degrés Celsius (90 degrés Fahrenheit). Le site précise aussi que les bactéries se multiplient le plus vite entre environ 4 et 60 degrés Celsius.
Pour un voyage retardé, quelques habitudes de bon sens en découlent :
- Privilégier des aliments qui n'ont pas besoin de froid au début du trajet : dattes, fruits à coque, pain, fruits fermes.
- Si des produits périssables sont emportés, prévoir un sac isotherme avec des blocs réfrigérants et les consommer tôt, plutôt que de les garder pour la fin de l'attente.
- Ne pas transporter pendant des heures de la viande cuite, du riz ou des produits laitiers dans un sac tiède pour les manger ensuite au coucher du soleil.
- Si la durée passée hors du froid est inconnue, jeter l'aliment.
Les règles sur les liquides et les blocs de glace varient d'un aéroport à l'autre ; il convient donc de vérifier les consignes de contrôle du point de départ avant d'emballer des produits congelés.
Demander quelle aide la compagnie ou l'aéroport peut apporter
Certaines compagnies organisent des dispositifs pour le Ramadan dans des aéroports choisis. Emirates, par exemple, a déclaré que certaines de ses portes distribuent des boîtes d'iftar contenant de l'eau, du laban, une banane et des dattes, et que les clients qui jeûnent sur certaines lignes peuvent recevoir une boîte-repas à bord. Ces mesures dépendent de l'opérateur, de l'aéroport et du vol : on ne peut pas les supposer chez un autre transporteur ni pour un vol retardé.
Plutôt que de deviner, mieux vaut s'adresser à la porte d'embarquement ou au comptoir de la compagnie et poser trois questions directes :
- Existe-t-il ce soir une aide pour le Ramadan ou pour l'iftar sur ce vol ou dans cet aéroport ?
- Des bons de repas ou des rafraîchissements sont-ils distribués pour ce retard, et où peut-on les utiliser ?
- Quels points de restauration de ce terminal seront ouverts au coucher du soleil ?
Si la compagnie ne peut pas aider, le comptoir d'une compagnie voisine ou le point d'information de l'aéroport peut indiquer s'il existe une salle de prière ou un espace calme, car les passagers qui jeûnent s'y retrouvent souvent pour attendre.
Savoir ce que le retard peut ouvrir comme droits
Les droits des passagers dépendent du lieu de départ du vol, de la compagnie qui l'opère et de la cause du retard. Dans l'Union européenne, les règles de protection des passagers prévoient que, lorsque le retard au départ dépasse un seuil donné, la compagnie doit proposer des repas et des rafraîchissements en rapport avec la durée d'attente. Ces seuils sont de deux heures pour les vols de 1 500 kilomètres ou moins, de trois heures pour les vols plus longs à l'intérieur de l'UE et pour les autres vols de 1 500 à 3 000 kilomètres, et de quatre heures pour tous les autres vols. Un hôtel et les transferts sont prévus si le nouveau départ a lieu le lendemain ou plus tard.
Les mêmes règles indiquent que, si la compagnie n'apporte pas cette aide et que le passager règle lui-même des frais raisonnables, un remboursement peut être demandé : il faut donc conserver les reçus. La compagnie peut toutefois limiter son assistance en cas de circonstances extraordinaires.
D'autres pays, dont les États-Unis, ont leurs propres règles de protection des consommateurs et leurs engagements de compagnies, qui diffèrent. Il est recommandé de consulter l'autorité de régulation du pays de départ ou de demander à la compagnie ses engagements envers la clientèle. Un bon de repas ne garantit pas qu'un plat halal ou musulman soit proposé au point de vente où il est utilisable ; les ingrédients sont donc à vérifier avant d'acheter.
Revérifier le repas spécial après un réacheminement
Lorsqu'un vol annulé est remplacé par une nouvelle réservation, la demande de repas spécial ne suit pas toujours. La confirmation obtenue pour le vol d'origine ne prouve rien pour le nouveau, surtout si celui-ci est assuré par un autre vol opérant, une autre compagnie ou une autre cuisine.
Singapore Airlines explique que les repas spéciaux peuvent être choisis longtemps à l'avance, mais que les modifications ne sont acceptées que jusqu'à une heure limite avant le départ, et qu'en cas de perturbation, un repas sélectionné peut ne pas être fourni pour des raisons opérationnelles. La leçon vaut pour toutes les compagnies : plus le nouveau vol est proche, moins il est probable que le traiteur puisse encore ajouter une commande.
- Ouvrir la nouvelle réservation et chercher la demande de repas pour chaque tronçon.
- Si elle manque, la redéposer par le canal habituel de la compagnie et demander une confirmation écrite.
- Si l'échéance est passée, demander si la compagnie peut quand même essayer et quelle est la solution de repli.
- Garder dans tous les cas une réserve personnelle, même lorsque la réservation affiche un repas confirmé.
Les codes de repas et leur signification font l'objet d'un guide distinct.
Liste de contrôle en cas de retard ou d'annulation
Cette courte liste sert au moment de la perturbation, à peu près dans cet ordre.
- Noter l'heure de l'annonce du retard et le nouveau départ prévu.
- Chercher l'heure du coucher du soleil de la ville où l'on se trouve, et non de la destination.
- Ouvrir le bagage cabine et vérifier que la nourriture de secours et l'eau sont accessibles.
- Interroger le comptoir de la compagnie sur les bons de repas, l'aide pour le Ramadan et le nouveau vol.
- En cas de réacheminement, vérifier la demande de repas spécial sur chaque nouveau tronçon.
- Conserver les reçus de toute dépense de repas ou de transport.
- Repérer la salle de prière et une place calme, et dire aux personnes qui voyagent avec soi où l'on sera.
- Ne pas manger un aliment resté hors du froid plus de deux heures environ.
Avec des enfants ou dans un groupe de pèlerinage, les mêmes étapes s'appliquent, mais l'organisateur ou le parent doit aussi prévoir les personnes qui ne jeûnent pas.
Questions fréquentes
Que faire si mon vol est retardé au-delà du coucher du soleil alors que je jeûne ?
Si le passager se trouve encore à l'aéroport, c'est le coucher du soleil local qui s'applique : il suffit de consulter l'horaire de prière de cette ville et de rompre le jeûne avec la nourriture emportée. Il est ensuite utile de demander à la compagnie des bons de repas et de garder les reçus en cas d'achat. Pour une situation précise, mieux vaut s'adresser à son propre savant.
La compagnie me donnera-t-elle un iftar si mon vol est en retard ?
Pas automatiquement. Certaines compagnies distribuent des boîtes d'iftar à des portes précises ou sur des lignes précises, mais cela dépend du transporteur, de l'aéroport et du vol. Il faut poser la question directement au personnel de la porte. Dans l'UE, les passagers peuvent avoir droit à des repas et des rafraîchissements au-delà d'un certain nombre d'heures de retard, sans que cela garantisse un repas halal.
Ma demande de repas musulman est-elle conservée si je suis réacheminé sur un autre vol ?
Mieux vaut ne pas le supposer. Une nouvelle réservation ne reprend pas toujours la demande, et une autre compagnie ou un autre traiteur a besoin de sa propre commande. Il convient de vérifier chaque tronçon dans la réservation, de refaire la demande et de réclamer une confirmation. Si l'échéance est dépassée, la nourriture personnelle reste la solution de repli.
Combien de temps peut-on garder des aliments emballés avant qu'ils deviennent dangereux ?
FoodSafety.gov recommande de ne pas laisser un aliment périssable plus de deux heures hors du froid, ou une heure si la température dépasse 32 degrés Celsius. Les produits secs comme les dattes, les fruits à coque et le pain nature présentent beaucoup moins de risques lors d'une longue attente que la viande cuite, le riz ou les produits laitiers.
Puis-je demander le remboursement de la nourriture achetée pendant un retard ?
C'est possible. Selon les règles de l'Union européenne, si la compagnie n'apporte pas la prise en charge à laquelle elle est tenue, des frais raisonnables peuvent être remboursés ; les reçus sont donc à conserver. Les règles varient selon les pays : il faut consulter l'autorité de régulation du lieu de départ ou demander à la compagnie ses engagements écrits envers la clientèle.






