Pourquoi les fuseaux horaires compliquent le jeûne du Ramadan

Le jeûne est lié au soleil : il commence à l'aube et se termine au coucher. Un jour ordinaire, à la maison, l'horloge et le soleil concordent. Lors d'un voyage à travers plusieurs fuseaux horaires, ils cessent de s'accorder, ce qui pose une question pratique : l'aube et le coucher de quel lieu faut-il suivre quand on n'est ni à l'aéroport de départ ni encore à destination ?

Les savants n'ont pas donné de réponse unique. Certaines fatwas publiées demandent au voyageur de suivre le coucher du soleil observé depuis sa position réelle ; d'autres lui demandent de suivre le fuseau horaire de la destination. Cette page expose ces avis et une manière de préparer son propre plan. Les questions plus ciblées sur l'heure de l'iftar en cabine et sur l'organisation plus large du jeûne autour d'un voyage aérien sont traitées dans des pages séparées.

Rien de tout cela ne remplace un avis adapté à sa situation. Si l'itinéraire est compliqué, il faut soumettre l'ensemble du trajet à un savant qualifié avant de partir.

Deux approches publiées pour un même voyage

Suivre le coucher du soleil là où l'on se trouve

Dar al-Ifta d'Égypte, répondant à une question sur l'heure à retenir par une personne voyageant en avion pour rompre le jeûne, indique que le voyageur rompt son jeûne lorsqu'il voit que le disque entier du soleil a disparu depuis son propre emplacement, et non d'après l'horloge du pays de départ ni celle de la destination. Une fois le soleil couché, ses réapparitions ultérieures dues à la vitesse de l'appareil ne sont pas prises en compte. La même fatwa précise que l'annonce d'un pilote fixant l'iftar à l'heure locale du pays de départ ou du lieu où se trouve l'avion ne fait pas foi. Elle prévoit une exception : lorsque la poursuite du jeûne cause une difficulté sévère, le voyageur peut le rompre et rattraper ces jours plus tard.

Suivre le fuseau horaire de la destination

Darul Ifta Birmingham, dans une fatwa sur le jeûne en voyage, indique que les voyageurs suivent le fuseau horaire de leur destination. Une autre réponse, publiée sur IslamQA par un savant hanafite, donne une brève consigne semblable pour le jeûne en vol à travers les fuseaux horaires. Ces réponses sont succinctes et ne traitent pas séparément chaque situation en vol.

Ce que cela signifie pour soi

Les deux approches peuvent donner des heures d'iftar différentes pour un même vol. Il ne faut pas choisir celle qui arrange l'emploi du temps. La bonne démarche est de demander à un savant laquelle s'applique à son école et à son itinéraire.

Faire le calcul des horaires avant de partir

Un plan pratique commence par des chiffres vérifiables.

  1. Noter la date et l'heure locales de départ ainsi que la date et l'heure locales d'arrivée de chaque tronçon.
  2. Calculer la durée réelle de chaque tronçon. Un petit écart entre deux heures affichées peut cacher de nombreuses heures de vol, et un voyage peut s'achever à une autre date du calendrier que celle de son début.
  3. Relever les heures du coucher du soleil et de l'aube pour la ville de départ, chaque ville de correspondance et la destination, dans un horaire fiable.
  4. Repérer à quel moment du trajet on sera en plein jour, dans l'obscurité ou au sol.

Ce tableau permet de voir si le jeûne serait nettement plus long ou plus court que d'ordinaire, et si la question du lieu à suivre se pose même.

Est, ouest et longueur de la journée

La direction influe sur la quantité de lumière du jour rencontrée. Voler vers l'est raccourcit la journée, car on va à la rencontre du coucher du soleil ; voler vers l'ouest peut l'allonger, car on suit le rythme du soleil. L'ampleur de l'effet dépend de tout l'itinéraire, notamment de l'heure de départ, de la latitude et de toute escale : il vaut mieux éviter une règle générale du type « toujours rompre plus tôt en allant vers l'est ».

Le glossaire du calculateur solaire de la NOAA explique que la réfraction atmosphérique fait apparaître le soleil avant son lever et après son coucher, et que l'erreur possible augmente aux latitudes élevées, plus près des pôles. La question de savoir si, et comment, cela s'applique à l'iftar en vol relève du savant ; la fatwa de Dar al-Ifta citée plus haut parle du disque entier du soleil disparu depuis la position du voyageur.

Pour un trajet très au nord ou très au sud, il faut consulter la section ci-dessous sur les latitudes inhabituelles.

Escales, correspondances et temps passé au sol

Au sol, la plupart des voyageurs utilisent l'horaire de la ville où ils se trouvent. Un aéroport de correspondance a donc son propre lever et son propre coucher du soleil locaux. Dès que l'on est de nouveau en l'air, la question se repose, et l'heure d'iftar de la ville de correspondance ne régit pas automatiquement la suite du vol. Il est prudent de garder de quoi rompre le jeûne dans le bagage à main, pour ne pas dépendre d'un service imprévisible, et de vérifier auprès de la compagnie si des repas spéciaux sont proposés par les canaux de demande habituels.

Il faut aussi planifier les dates. Darul Ifta Birmingham note que, si le Ramadan ou l'Aïd de la destination tombe un autre jour, le voyageur suit la destination et qu'un jour de jeûne peut devoir être rattrapé plus tard. Une réponse publiée par IslamWeb, conseillant une personne vivant au Japon et se rendant en Égypte pendant le Ramadan, dit de jeûner et de rompre le jeûne avec les musulmans du lieu où l'on se trouve, et rappelle que les jours d'un mois lunaire ne peuvent être moins de vingt-neuf. Si le voyage traverse un pays dont le début ou la fin du mois diffère, il est conseillé de demander à un savant d'examiner l'itinéraire.

Facilités du voyageur et moment d'arrêter le jeûne

Pour beaucoup de personnes, jeûner en voyage est une possibilité et non une obligation dans tous les cas. Une fatwa de Dar al-Ifta indique qu'un voyageur parcourant au moins 83,5 km, pour un déplacement qui n'est pas une désobéissance, peut rompre le jeûne, même sans difficulté, tandis que le même texte précise que le jeûne reste préférable lorsqu'il ne cause aucune gêne. Elle ajoute que le jeûne est déconseillé s'il nuit au voyageur, et que celui qui craint pour sa vie doit le rompre. Darul Ifta Birmingham donne une distance de 78 km (48 miles) et dit que les jours manqués sont à rattraper plus tard. L'écart entre ces distances montre pourquoi il faut confirmer la règle de son école.

En cas de vertige, d'évanouissement ou de malaise lors d'un long vol, il ne faut pas simplement s'obstiner. Il convient de rompre le jeûne si l'on est en danger, de boire de l'eau et de prévenir l'équipage si une aide est nécessaire. Avant le Ramadan, mieux vaut interroger un médecin sur tout traitement ou toute affection, et demander à un savant comment rattraper la journée ensuite.

Ligne de changement de date et latitudes extrêmes

Les itinéraires qui franchissent la ligne internationale de changement de date, ou longent les régions polaires où le soleil peut ne pas se coucher ni se lever pendant de longues périodes, soulèvent des questions qu'une simple conversion d'horloge ne règle pas. Le site de Sistani, par exemple, dit que, là où le soleil ne se couche ni ne se lève durant de longues périodes, il faut suivre les horaires de la ville la plus proche connaissant une alternance normale du jour et de la nuit. D'autres savants soutiennent des positions différentes, et il ne s'agit ici que de l'indication d'une école.

Il ne faut pas inventer sa propre réponse pour un tel trajet. L'itinéraire complet, avec les escales, les dates dans chaque lieu et l'intention de poursuivre ou non le jeûne tout au long, est à envoyer bien avant le départ à un savant de confiance ou à un service de fatwa.

Liste de contrôle : un jeûne sur plusieurs fuseaux horaires

  • Lister chaque tronçon avec les heures locales et la durée écoulée, ainsi que la date à chaque extrémité.
  • Relever l'aube et le coucher du soleil dans chaque ville traversée.
  • Demander à son savant quel lieu régit le jeûne en vol et quelle approche son école retient.
  • S'informer sur la facilité accordée au voyageur et sur la manière de rattraper un jour manqué.
  • Garder de la nourriture pour l'iftar, des dattes et de l'eau dans le bagage à main.
  • Demander un repas spécial avec un préavis suffisant si l'on compte en utiliser un, et confirmer l'heure à laquelle il sera servi.
  • Enregistrer la réponse du savant sur son téléphone pour la lire hors connexion.
  • Surveiller sa santé et arrêter le jeûne en cas de malaise.

Questions fréquentes

À quelle heure rompre le jeûne dans un avion qui traverse des fuseaux horaires ?

Les réponses publiées diffèrent. Dar al-Ifta d'Égypte dit de rompre le jeûne lorsque l'on voit que le disque entier du soleil a disparu depuis son propre emplacement, et non d'après l'heure d'une horloge. Darul Ifta Birmingham dit que les voyageurs suivent le fuseau horaire de la destination. Il faut demander à son savant ce qui s'applique à son école et à son trajet.

Le changement d'heure de mon téléphone modifie-t-il mon jeûne ?

Non, un changement d'horloge ne déplace pas le soleil. Les savants cités sur cette page rattachent le jeûne au coucher du soleil, soit tel qu'il est vu depuis le lieu où l'on se trouve, soit selon la destination. Il ne faut pas se fier à l'heure affichée une fois le téléphone mis à jour, sauf si un savant l'a indiqué.

Est-il plus facile de jeûner en volant vers l'est ou vers l'ouest ?

Voler vers l'est raccourcit en général la journée vécue et voler vers l'ouest peut l'allonger, mais l'effet dépend de l'heure de départ, de la latitude et de l'itinéraire. Mieux vaut calculer les heures de jour de son propre trajet plutôt que de s'en remettre à une règle générale, et demander à son savant comment traiter une journée très longue.

Peut-on rompre le jeûne parce que l'on voyage ?

De nombreux savants l'admettent. Dar al-Ifta mentionne une distance minimale de 83,5 km et Darul Ifta Birmingham une distance de 78 km, les jours manqués devant être rattrapés plus tard. La même fatwa précise que le jeûne est préférable s'il ne cause aucune difficulté. Il faut confirmer la règle de son école pour son voyage.

Que faire si ma destination commence ou termine le Ramadan un autre jour ?

Darul Ifta Birmingham dit que le voyageur suit la destination et rattrape l'éventuel manque un autre jour. IslamWeb conseille de jeûner et de rompre le jeûne avec les musulmans du lieu où l'on se trouve, puis de rattraper la différence si l'on jeûne moins de vingt-neuf jours. Il convient de vérifier l'avis de son savant avant de partir.